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Créatures de la nuit de la forêt de Brocéliande

© CIA - H. GLOT


Les vieux sages comme Merlin et les gardes forestiers sont bien d’accord : on ne doit pas aller seul la nuit en forêt sans une raison impérieuse. Le jour enfui, tout change, dans les bois enchantés. Des animaux fantastiques parcourent les entiers et les taillis, des rochers peuvent surgir des être étranges, superbes ou repoussants, fascinants toujours.


Voici déjà, en se promenant à travers le folklore breton, des animaux domestiques qui  se mettent à parler. Souvent, ce don ne leur advient que pour la nuit de Noël, ou pour des occasions exceptionnelles. Leurs propos peuvent aussi glacer le sang lorsqu’ils annoncent les décès à venir et certains savent même qui sera l’Ankou de l’année nouvelle… Heureusement qu’ils révèlent à qui peut les entendre la façon de découvrir des trésors cachés. Ils bénéficient d’autres talents, le plus apprécié étant de cracher de l’or, et pas par la bouche, comme l’âne de Peau d’Âne ou la Chèvre rouge d’Ardenne.
Ensuite, vient la grande cohorte des chiens et des juments de nuit, des animaux noirs ou gris. Souvent diaboliques, ils sont, comme le ki-du (le chien noir) aux yeux rouges, gardiens de lieux infernaux, des marais le plus souvent, ceux des monts d’Arrée en particulier. Cavales sombres ou blafardes entraînent les imprudents qui osent les chevaucher vers l’Enfer : on voit bien leur cousinage avec le Pooka écossais, le cheval Gauvin jurassien, le cheval Mallet vendéen, etc. Il ne faut pas oublier que jument de nuit se dit en anglais night-mare, un mot dont que la traduction courante de n’est autre que cauchemar…
 
À Brocéliande comme ailleurs, tout peut arriver quand la terre perd sa lumière. Des hybrides terrifiants apparaissent dès le crépuscule, et la Belle Jeannette est la première à pointer son nez – s’agit-il d’un museau, d'un bec, d’une gueule ? Les témoins de ses apparitions sont vagues et confus. On le comprend mieux si l’on sait que, pour les punir de ne pas l’avoir salué à temps et avec le plus grand respect, l’oiseau-loup-laie-poisson, les a emportés et jetés au loin, privés de mémoire. Pas mortel, mais fâcheux tout de même.
Mais la nuit dans la forêt abrite aussi l’âme de bêtes au grand cœur comme le Taureau bleu, descendant de divinités honorées ici longtemps avant le christianisme. Dans une ferme de Mauron, ce bel animal un peu magicien veillait sur la petite Isole, maltraitée par l’épouse de son père. Il la nourrissait et l’aidait à vivre. Le jour où Isole comprit que son ami, devenu trop vieux, était condamné (on ne parlait pas encore de productivité, mais l’esprit y était), tous deux s’enfuirent dans la forêt nocturne. Mais au long des chemins, le taureau dut livrer de si rudes combats que, après les avoir tous remportés, le puissant animal mourut à l’aube, à l’orée des bois. Son tombeau y est encore, fondu à la  nature, et son ombre marche aux côtés de celle d’Isole par les nuits étoilées.
 
À côté de ce qui va suivre, les bêtes fantastiques, même les plus nocives, apparaissent comme d’aimable compagnie : le pire est à venir. Quand l’obscurité règne enfin sur les landes, flottent des feux follets qui attirent le voyageur vers les terres instables, où il risque l’enlisement…Au bord des eaux du Rauco, au fond du Val sans Retour, les lavandières de nuit battent des linceuls souillés. Malheur à l’imprudent qui traîne près de l’eau le soir, et plus encore à l’étourdi qui oublie les mises en garde. Ne pas parler à ces femmes, ne pas leur répondre, et si malgré tout il accepte de les aider à tordre le linge trop lourd pour leurs bras décharnés, penser à tourner dans le même sens qu’elles. Sinon, la mort s’empare du pauvre égaré, que l’on retrouve noyé dans le ruisseau, les bras brisés, l’âme perdue.

Et ce n’est pas fini ! A tout seigneur, tout honneur. Le diable, captif sous la chaire de l’église de Campénéac, affectionne les âmes villageoises simples à tromper. Un diable discret, sournois même. Un vieux pêcheur près des étangs de Comper, par les soirées brumeuses, un noble vieillard que l’on surnomme Dom Guillaume sur une lande… Pas un Méphisto d’Opéra, pas de flammes, de fourches, de souffre, de ricanements sardoniques. Un démon juste assez habile tenter les hommes, comme le jour où il prit en charge les habitants de Concoret en s’engageant à ne faire que leur bonheur. Il s’y attacha, les comblant de biens matériels, d’honneurs, de plaisirs, et les braves gens découvrirent l’égoïsme, la cupidité, l’envie, le désir de meurtre pour plus de richesse, plus de pouvoir… De sa promesse tenue, ne résulta que du malheur. Bien des âmes, noircies par les 7 pêchés capitaux largement pratiqués, s’en allèrent griller en Enfer.

Qu’attendre encore de la nuit près de la forêt enchantée ? Des fantômes, des revenants, des esprits. On peut frémir de leur existence, mais ils sont doux et inoffensifs, comme la dame blanche ou les fiancés de Trécesson.

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